Le voyage continue...
Nous sommes donc toujours en Casamance. Après trois semaines passées à remettre CORIANA en "beauté" et à nous défatiguer des quelques mois passés en Bretagne, nous sommes arrivés à "la ville" Ziguinchor.
Les 2 semaines à Cachouane furent sympathiques, nous y avons retrouvé les amis de
Quétzal et Saltimbanque et bien-sûr, nos amis de Sounka, le campement magique: Dame, Papis, Bamba et tous les autres avec qui nous avons fait la fête
et des pizzas
Mathieu à la pâte
Céline
tout sourire
Nous avons remis le moteur en marche (5h de
patience, monsieur FARYMAN n'étant point décidé à se réamorcer... AH! les lois de la "dieselie") et puis gratté la coque, mon dieu, que de vie là-dessous!
Bien sûr il y eu du foot, des baptêmes,du thé,de la pêche en pirogue, la récolte du riz, du soum-soum(alcool fort!!!),des longues discussions sur l'animisme, les gris-gris, la société africaine en générale...des cadeaux donnés, des cadeaux reçus...
Hélène prépare
le thé
Nous devions remonter sur Zig', les provisions de bord commençant à nous manquer. Nous faisons escale à Niomoun, guidés par Bilbo dans l'entrée du bolon qui n'est pas toujours facile (bancs de sable de chaque coté). Le village est étendu sur 4 quartiers, tres animiste, pur et dur, ici on fait parler les morts et les femmes stériles finissent par enfanter... pour nous, il y a un petit campement où la biere est toujours fraîche et bonne et pas cher (votons tous animistes au prochaines élections).
Le campement Alouga à Niomoun vu par Katell
Bref nous devions stopper deux jours et puis le plaisir se prenant là où on le trouve, nous y sommes restés 4. Le temps de se prendre une bonne sur Ilo, une bouteille de ricard pour 4, plus ty-punch, j'ai eu le mal de mer dans l'annexe en retournant sur Coriana, je me suis couché dans le cockpit... le lendemain il faisait beau, on aurait préféré qu'il ne le fasse pas, because "big wooden face". Ceci dit, pour le soir nous étions prêts pour la fameuse chasse au crocodile , le soir dans les anciennes rizières où il rôde, faisant régner la terreur.
Le lendemain nous levons l'ancre et avec ce départ tout bascule dans l'horreur..
Au départ de Niomoun, l'intérieur de ma main droite me démange, juste quelques picotements, une morsure d'araignée chopée en dessinant assis dans le sable... et puis le soir, à Ziguinchor (tandis que je déguste une bière flambante et fraîche, une FLAG),ma main gonfle, gonfle et regonfle encore, j'ai mal (Aie!Aie!Aie!!!) Bilbo nous invite à passer pour prendre quelques médecines, de l'homéopathie, et du pastis, ca va mieux...
Le lendemain ma main a dégonflé, ca va mieux encore...
Le surlendemain, encore mieux, presque fini, demain je monte dans le mât et je nettoie la cale moteur...mais voici le tournant de l'histoire: en rentrant sur Coriana, je me vautre, même pas saoul en plus, et évidement je cogne ma main pile-poil là où il fallait pas.Alors là pour le coup, j'ai eu très très mal. Katell elle, elle a trouvé ça marrant, ça l'était sûrement vu de l'extérieur de ma main. Bref, la main enfle, nuit sans sommeil, le cauchemard commence!
Evidement le dimanche à Bamako c'est le jour de...Ah non pas ca, le dimanche à Zig'... bref on se retrouve chez un pharmacien qui sort d'un palud pour nous prescrire des anti-inflamatoires...ca n'a pas fait grand chose donc le lundi je me décide à trouver un médecin, un vrai, Mme Fatou Binetou Diouf, qui elle me conseille les antibiotiques et des pansements de bétadines et surtout des di-antalvic pour calmer la douleur (pas plus de 6 par jour, tu parles!!!).
Le mardi, rien ne bouge, je retourne la voir et elle me met en rapport avec un chirurgien de l'hopital régional de Ziguinchor. Le lendemain, 6h debout, 7h à l'hosto et puis l'attente, la longue attente.Il y a là un homme qui, avec son chariot à pédales manuelles, a mouliné une partie de la nuit (20 ou 30 km) et dormi devant la porte du médecin... Ledit médecin n'est pas venu, ou tard, trop tard. Pour faciliter notre affaire, c'était jour de grève... Nous avons fais la queue pour les urgences, vu un vieux se pisser dessus et traîner sa pisse jusque dans le bloc opératoire...Nous ne sommes que des toubabs après tout.
Heureusement, a un moment ca passe. Un chirurgien va s'occuper
de mon cas, faire des radios(faut voir le matos, un bon sablage ferait pas de mal...).Il regarde ma main, ne sait trop quoi en penser,c'est trop étendu pour ouvrir.Il m'enfonce une aiguille sous la peau, y'a rien encore qu'il dit, pas une goutte de pus.Il décide de me faire un pansement d'alcool à 90° à garder humide pendant 48h , pour faire sortir tout le pus , et de me donner des antibios plus costauds, de l'Augmentin.Je reviens après demain...( plus d'un litre d'alcool à 90°! Je suis privé de bière, mais je ne me prive pas d'alcool!)
Le Jeudi soir, Quétzal revient de Dakar, je suis content de les voir. Nous mangeons au restos tandis que mon infection se fait une sortie. Ca y est, ça coule, du pus,dupus,dupus...C'est à vous dégouter de mes brochettes de boeuf, mais je suis heureux, je vais moins souffrir, dormir,dormir,surtout...Coule petit pus,coule.Toute la nuit, il va couler...
Vendredi 10h,de nouveau à l'hopital, il regarde sous le pansement et me dit "on va opérer" on va chercher tout ce qu'il faut, bétadine, seringues, xilocaïne, compresses, bandes...
Il met la musique,Youssou N'Dour, me demande si j'aime, je réponds oui,fermement. Y'a des moments dans la vie, il vaut mieux pas se la jouer:"ta musique c'est de la merde" surtout avec un gorille,boucher humain de formation, pesant dans les 90kg avec les belles formes qui vont avec. Avant de commencer il me dit ca va faire "un peu" mal...et puis c'est parti: une piqûre, deux, trois,quatre, dans la plaie,entre les doigts,et le scalpel qui découpe partout pendant que je grince des dents, entre deux "putain, enculé", je pense à Katell dehors qui doit m'entendre, j'essaie de me taire, je souffle, je rigole de douleur, et de comment on en arrive là, comment le corps humain résiste à de telles souffrances. Et toujours en écoutant cet enfoiré de Youssou N'Dour (je lui dirai un jour que c'est de la daube, mais plus tard, il y a un temps pour tout...) l'autre gorille appui partout pour faire sortir le pus, une bonne double dose de ricard soit dit entre nous...je suis debout, vivant, et je regarde ma main, ce bout de chair à vif.
Je tiens à rendre à ce jeune médecin un grand merci pour mille choses trop complexes à vous expliquez, c'est quelqu'un de bien et c'est tout.
Je suis sorti, c'était au suivant.Chez nous il y aurait eu une salle de repos et un suivi psychologique(Cronenberg c'est rien à coté du film gore que je venais de voir). J'ai couru sur le parking de l'hôpital, je rigolais toujours, je sautais, j'étais accroupis, j'avais mal. Avec Katell on a bu un coca et fumé une clope à la boutique, les gens autour de nous étaient vraiment cool, compatissants, justes, la Casamance est belle.
J'ai souffert 1h encore et puis tout s'est calmé. Depuis c'est le bonheur,enfin faut
pas regarder ma main! Katell doit me faire le pansement tous les jours, ce matin était le premier, Beurk!!!Elle a failli vomir... Au moins trois semaines d'antibio et puis on verra, je retourne chez mon boucher préféré vendredi prochain, pour voir!
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